Présage Mortel — Sylveor, Tome I

Un monde qui existe sans attendre d’être compris.

Présage Mortel prend place dans Sylveor, un univers clos, régi par ses propres lois, ses équilibres et ses ruptures.
Rien n’y est expliqué d’emblée.
Tout s’y découvre depuis l’intérieur.

Le récit adopte la forme d’un journal.
À travers lui, une voix consigne, observe, tente de saisir ce qui lui échappe encore.

Ce point d’écriture n’est pas un recul.
C’est une immersion.

Au fil des pages, le monde ne se révèle pas comme un décor, mais comme une structure vivante :
ses forces, ses créatures, ses tensions, ses zones d’ombre.

Ce qui s’y joue dépasse le personnage, sans jamais s’en détacher totalement.
Chaque événement est à la fois vécu et incompris, traversé avant d’être interprété.

Le roman explore :
— la perception d’un monde en train de se dévoiler
— la fragilité des repères face à des lois inconnues
— l’émergence d’enjeux qui ne trouvent pas encore leur résolution

Ce premier tome constitue une entrée complète dans Sylveor.
Il possède sa propre fin, tout en laissant apparaître des lignes de fracture qui se prolongeront ailleurs.

Lire Présage Mortel, ce n’est pas chercher une explication immédiate.
C’est accepter de voir un monde apparaître — partiellement, progressivement, irréversiblement.

Ce qui suit est extrait d’un journal retrouvé:

Le ciel couvert de nuages aux couleurs chaudes laissait présager une douce matinée. Il ne s’était pas écoulé plus d’une heure après le lever des astres du jour que je recevais ma première pièce de la journée. Elle fut délicatement posée dans ma main gauche et non jetée comme on le faisait normalement à un être aussi méprisable que moi. — Cela me paraît si loin désormais, pourtant tout ce qui me mène à conter cette histoire n’est point si distant — . Elle n’était point noircie par la terre volcanique de la région et elle n’était pas constituée d’argent alourdi de plomb, comme toutes celles qui étaient interdites, mais en usage. Elle pesait lourd dans ma main, plus qu’aucune autre pièce que je n’avais jamais reçue. Alors j’ouvris mes yeux gelés et douloureux, bravant les lueurs de la vie.

Dans le creux de ma main, sa beauté m’apparut incontestable. Elle reflétait les rayons des astres flamboyants qui perçaient à l’occasion entre les nuages préparant la venue d’un manteau de neige. Elle possédait deux faces identiques. Elles représentaient une montagne, que je ne connaissais alors pas, et un oiseau majestueux inconnu volant au-dessus. Gravées sur tout son tour, d’étranges lettres voluptueuses délivraient un message, une pensée, que je ne pouvais point lire ; à mon grand regret.

Pour la première fois depuis maintes semaines, je ressentis quelque chose… une sorte de joie chaleureuse qui réveilla mon corps marbré par ma condition et l’absence de mouvement. De mon cou à mon plus grand orteil, mes os craquèrent, mes articulations gémirent et mon sang cogna.

Malgré le froid mordant, je désirais la toucher sans mes gants de fourrure troués. Lentement, mes muscles atrophiés s’actionnèrent douloureusement. J’extirpai ma main gauche, saisissant le bout du gant avec mes dents, seul atout de mon être encore en parfait état. Doucement, tremblante, ma main s’approcha de l’objet tandis que je pleurai sans raison. Je n’arrivais pas à croire ce moment, j’estimai que mon esprit hallucinait ; cela n’aurait pas été la première fois.

Fragment conservé dans le journal.

La magie n’oublie pas

Un monde ne disparaît pas toujours dans le fracas.
Parfois, il s’efface.

Doucement.
Comme une lumière que l’on cesse de regarder.

À l’approche de décembre, Elphie et sa sœur Mikaelína franchissent une limite que rien ne désignait clairement.
De l’autre côté, subsiste un monde ancien, encore vivant, mais déjà fragilisé.

Rien n’y est totalement perdu.
Mais rien n’y tient sans effort.

Ce qui s’y joue ne relève pas d’une menace visible.
Le danger ne vient pas d’un ennemi, mais d’un glissement : celui par lequel ce qui reliait cesse d’être maintenu.

Au fil de leur avancée, les deux sœurs découvrent un monde qui ne se soutient pas seul.
Chaque geste y a un poids.
Chaque lien, une conséquence.

Ce n’est pas la magie qui disparaît.
C’est la capacité à la porter.

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